Onze
heures dix... Everett lave les deux tasses dans lesquelles ils ont
bu leur café, Eleanor quant à elle commence à
se préparer pour cette ultime rencontre avant la
vérité. Après avoir enfilé son
trench-coat, la jeune femme va rejoindre Everett dans la cuisine.
Celui-ci a fini la vaisselle et pose les deux tasses sur le rebord
de l'évier. Il se retourne alors et se retrouve face
à face avec Eleanor.
« - Un peu plus et j'avais peur, dit-il.
- Ah, ah très drôle, rétorque la jeune femme,
nerveuse.
- C'est pourquoi ?
- Il est l'heure, il faut qu'on y aille.
- Du calme, on a tout le temps, le point de rendez-vous est
à peine à vingt minutes à pied.
- Je préfère ne pas être en retard, lui
répond Eleanor avant d'ajouter, enfile ton manteau, on y va.
»
Docilement, Everett obtempère, il sait
que s'il lui prend la mauvaise idée d'ouvrir la bouche alors
que Eleanor est stressée, sa vie ne tient plus alors
qu'à un mince file. Il enfile le manteau que lui tend la
jeune femme, celle-la même dont le regarde alterne entre
l'horloge et un Everett ayant du mal à enfiler son manteau.
Il n'y peut rien, une fois stressé par quelqu'un d'autre, il
devient gauche et le moindre petit geste peut lui prendre plusieurs
minutes. Essayant de faire fit des longs soupirs de Eleanor, il
parvient enfin à enfiler la seconde manche de l'habit.
Une fois sortis de l'immeuble, Everett se rend compte que la
matinée est plutôt fraîche et que son manteau
n'est pas boutonné, mais il sait aussi que si lui prend
l'envie de le faire, il en aurait pour dix bonnes minutes et
sûrement autant de regards-revolver, de la part de Eleanor,
que de secondes. Après tout le froid c'est vivifiant, entre
ça et le café, il pourra dire qu'il est en pleine
forme.
Eleanor, quant à elle, commence à marcher
rapidement, elle sait qu'elle ne sera pas en retard, mais elle ne
veut pas tenter le diable pour autant. Important, voilà le
mot qu'elle laisse vagabonder dans son esprit à chacun de
ses pas. Elle est tellement absorbée par ce mot qu'elle ne
se rend même pas compte qu'elle précède Everett
d'environ une dizaine de mètres. Après tout, ce n'est
pas si grave, il n'est là que pour surveiller que tout se
passe bien et n'aura pas à faire à Ray. Il sera son
ange-gardien en quelque sorte.
L'ange-gardien et la fille qui tente le
diable, voilà un bon duo... Finalement lui et moi
étions faits pour nous entendre, il ne manquait plus que mon
sacrément gros grain de folie se mette en route, pour que je
me rende compte de cette vérité. Il est loin le temps
de la Eleanor qui ne prenait aucun risque... Tellement loin que je
n'arrive même pas à m'en souvenir. Moi la casse-cou,
la fille qu'on montrait du doigt en disant qu'elle n'avait peur de
rien... Bon sang ce que j'aimais cette réputation, mais
aujourd'hui, même si je ne montre toujours pas mes peurs, je
suis consciente qu'elles sont là. J'ai peur de perdre ma
famille, de perdre Everett. Ce qui m'étonne c'est que la
peur de le perdre est presque aussi intense que celle de perdre les
miens. Je n'aurais jamais cru que je pourrais m'attacher à
lui... et pourtant...